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Il arrive que je poste sur mon blog des articles en rapport avec des projets radiophoniques. En voici les dernières entrées correspondantes. Je vous invite bien sûr à lire ces billets dans leur environnement naturel, afin d'y laisser des commentaires  !

Hasard, aléatoire, chaos et entropie : désordre salutaire

Depuis quatre ans que je participe à Utopie Sonore, j’apprends peu à peu à mieux connaître les initiateurs et initiatrices Nantais·e·s. Parmi eux, Fred et Anaïs sont des bidouilleurs de son et d’idées, qui n’hésitent pas à discuter de chaos et d’entropie vers 3 heures du matin, quand tout le monde part se coucher.

Alors quand ils m’ont proposé de se joindre à leurs échanges face au micro, j’ai couru. Anaïs tenait l’enregistreur, et avec Fred on s’est lancé dans ce doux jeu qui consiste à sauter d’un concept scientifique à l’autre, pour construire une histoire qui traverse mathématiques, informatique, physique… Et puis Emma a proposé une texture sonore riche, qui évoque ces questions qui ont croisé notre discussion. Anaïs a torturé, assemblé, cousu ces bouts de discussion pour en faire un son, diffusé pendant RUSEE48.

Dans Désordre salutaire, on parle de générateurs aléatoires, de lancés de dé, d’ailes de papillons, de gaz qui se mélangent, et de fractales de Mandelbrot

Published 15 Sep 2019 in radio - jmtrivial

Utopie Sonore 2019

Utopie Sonore 2019, c’est fini. Deux jours et demi de préparation, puis 48 heures d’antenne, à fond, à tenir au maximum, à lutter contre le sommeil pour préparer et réaliser en direct des bidouillages sonores, des discussions, des expérimentations, pour diffuser des choses, apprendre de nouvelles pratiques, etc.

Nous étions entre 30 et 40 personnes réunies à Pol’n pour faire vivre ce projet un peu fou de sprint radiophonique. Très riche humainement et techniquement, avec plein d’idées qui fusent, qui s’échangent.

Pour ma part, j’ai pu participer à monter un plateau radio, à mettre en place le streaming vers Radiocratie, j’ai pris du temps pour transmettre aux participant·e·s mon expérience de la radio associative. Puis j’ai participé à des ateliers, appris à mieux me connaître grâce à la pratique de l’improvisation, partager mon expérience sur l’enregistrement, le montage/mixage, l’écriture radiophonique, …

Et puis à plusieurs, on a imaginé des concepts d’émission, fabriqué des génériques et jingles pour l’habillage, réfléchi à la grille d’antenne…

Le mur où tout s’écrit avant de se jouer (Photo : Clém Ence).

Et enfin, on a fait de la radio. J’étais parti dans l’idée d’expérimenter le maximum de formes radiophoniques. J’ai donc pu pratiquer : la présentation improvisée d’Utopie Sonore à l’antenne, l’animation d’un plateau sur le validisme, la lecture du manifeste du CLHEE, l’improvisation de discussions futiles et humoristiques, l’interview d’un coloriste, l’interview de réalisateurs de science-fiction radiophonique, l’interview d’une réalisatrice de documentaire radiophonique autour des langues, j’ai participé à une émission sur la voix où nous avons expérimenté et décrit en direct la manière de modifier la voix, j’ai parlé d’audiodescription, de hasard et d’aléatoire, j’ai pris part à un plateau sur le caca, animé un autre plateau sur la transmission de la pratique radiophonique, proposé à l’antenne un podcast que j’aime beaucoup, le premier épisode de la série Underground sur Radio Maarif, intitulé Soufiane, accusé de satanisme. J’ai aussi participé à de l’improvisation de bruitage, et j’en passe et des meilleurs…

Au delà de ces exemples très personnels, on a pu entendre à l’antenne du documentaire, de la création sonore, des performances en direct, de la musique électro-acoustique, un cours de rythme, un cours de danse, une émission sur le féminisme, une autre sur le cul, une création collective sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, des lectures, des improvisations, de la musique, une émission nocturne pour aider les insomniaques à dormir, des débats intéressants, et du gros n’importe quoi.

Bref, 48 heures d’antenne, c’était long, surtout quand on ne dort presque pas. Le projet était complètement fou, on a dit « vazy on essaye ». Certain·e·s ces sont brûlés les ailes à vouloir tenir le rythme, d’autres ont accepté plus facilement que l’on passe une playlist de musique actuelle… Certain·e·s avaient l’envie d’expérimenter une radio différente, mais c’était dur de trouver les moyens d’oser la faire.

On s’est aussi beaucoup amusés, on a bien discuté, bien mangé, bien ri, et fait la fête… De belles rencontres, de beaux échanges. Tout ça en 48 heures.

De tout cela restent des podcasts, que l’on doit à Radio Campus Clermont et à Canal Sud, et que l’on rassemble pour proposer à l’écoute très prochainement.

Published 28 Aug 2019 in radio - jmtrivial

Ruse48 à US19

Comme tous les ans, avec quelques giraphones, je participe à Utopie Sonore. Une rencontre de création sonore, où au fil des ans (2016, 2017, 2018) on a rencontré des gens géniaux, appris plein de choses, réalisé une foule de trucs avec du son…

Cette année, on rompt un peu avec les habitudes. Après trois années à la cour des Aulnays, Utopie Sonore se déroulera cette année à Pol’n, en plein cœur de Nantes. Au programme : ateliers de pratique sonore, échanges, découvertes, et restitution en fin de séjour.

Et cette fois-ci, on a vu les choses en grand, avec 48 heures de radio éphémère. Ça s’appellera Ruse48, et le site internet est déjà en place, sur les serveurs de Radiocratie.

Page d’accueil du site de Ruse48

On invite bien sûr toutes les radios qui le souhaitent à diffuser en direct les 48 heures de restitution de US19. Pour cela, rien de plus simple, il vous suffit de reprendre le flux mis à disposition : https://flux.radiocratie.com/flux.

Published 16 Aug 2019 in radio - jmtrivial

Réaliser de la fiction audio

Produire du son pour la radio, c’est passionnant. Il y a plein de questions auxquelles il faut réfléchir, pour combiner les sources. La voix est bien sûr un élément essentiel, peut-être encore plus quand il s’agit de fiction.

Depuis quelques années, je m’intéresse beaucoup aux formes que peuvent prendre les voix dans un enregistrement: la voix du journaliste, de l’animateur, de l’intervieweur à la radio, la voix d’une audiodescription, la voix pour la fiction. La technique d’enregistrement est essentielle bien sûr — choix du micro, de l’environnement, distance au micro, diction — mais le mode de narration est aussi une question très intéressante.

Le livre audio

Le livre audio est issu d’une longue tradition de lecture à voix haute, tel que le rapporte Julie Gatineau en 2015 dans son mémoire de diplôme de conservatrice de bibliothèque intitulé le livre audio: quel destin pour un objet hybride en bibliothèque ?

Si les rares librairies sonores ont énormément de mal à survivre à la dématérialisation des supports audio, le nombre d’auditeurs est en nette augmentation, notamment avec l’émergence des dispositifs d’écoute itinérants (smartphones, autoradios lecteurs mp3, …).

Au delà des formes commerciales, notamment produites par Novaspot, il existe de nombreuses pratiques amateures, destinées à une distribution non commerciale. On peut penser aux productions des passionné·e·s de podcasts, mais aussi aux pratiques d’enregistrement de livres pour déficients visuels portées par des associations comme les donneurs de voix.

On peut aussi évoquer les formes non linéaires de narration, à la manière des livres dont vous êtes le héros de mon enfance, proposés par Lunii, qui ouvrent encore une autre forme d’écoute…

Le théâtre radiophonique

Une autre pratique historique et parallèle est celle du théâtre radiophonique. En France, ces productions sont ancrées dans une tradition de longue date, avec l’ORTF puis aujourd’hui Radio France, qui s’est adaptée au numérique en proposant une plateforme dédiée à la fiction sur son site internet.

Avec des adaptations récentes à grand budget, comme celles des aventures de Tintin, la radio nationale prend aussi le temps de raconter la manière dont ses personnels travaillent. Les making of sont très intéressants à explorer.

Les sagas MP3

Avec l’arrivée d’internet, de l’ordinateur personnel, et des solutions de MAO, on assiste à la démocratisation de la production de fiction audio, sous une forme amateure, pleine d’énergie, et qui démarrent avec le très connu Donjon de Naheulbeuk. Ce sont les saga MP3.

On trouve notamment une grosse communauté de réalisateurs et d’auditeurs sur le forum Netophonix. Leurs pratiques, au début marquées par les premières séries, se sont ensuite diversifiées, et l’on trouve aujourd’hui des formes très diverses.

On pourra d’ailleurs consulter le site de François TJP, pour une revue des fictions de référence.

Les formes de narration

On pourrait penser qu’il existe une certaine homogénéité dans les formes de narration pratiquées pour le livre audio, et la fiction en général. En vérité, il n’en est rien. Il existe de nombreuses manières de composer les choses, depuis la lecture monocorde jusqu’au théâtre radiophonique. Voici quelques-unes des pistes que l’on peut explorer quand on met en ondes un texte de fiction.

Mettre le ton

Tout d’abord, il y a le ton, ce qui permet à un lecteur de marquer la distinction entre un passage narratif et un dialogue, qui permet de rythmer les passages à suspense, ceux à surprise, les interrogations.

À une extrémité, on trouve les enregistrements destinés à l’audiodescription, quasiment neutres de toute intention, pour ne pas influencer l’auditeur.

Extrait de l’audiodescription du film Bonobo de Zoel Aeschbacher, réalisée par ADVOX en 2018.

Un peu plus loin, certains enregistrements sont très neutres, et l’on distingue juste les différents passages par des marques narratives, indiquées dans le texte. C’est souvent le cas des textes aux discours indirects.

Puis à l’autre extrémité, on trouve des textes très joués, presque interprétés, où la diction est même adaptée suivant le personnage, le débit évoluant, l’intensité aussi. Voix chuchotée, voix parlée, voix qui porte pour interpeller…

Extrait de Fantastique Maître Renard, livre audio édité chez Audible, avec la voix de Daniel Prévost.

Entre les deux, on rencontre plein de pratiques, avec des dictions plus ou moins marquées d’une époque. Le ton peut être familier, ou au contraire assez ampoulé, le débit très lent… La diversité des styles rend l’expérience de l’écoute multiple.

Extrait de Jack et le haricot magique, lu par Bernard-Pierre Donnadieu en 1988 au micro de Marguerite Gateau, pour France Culture. Rediffusion en 2017 dans l’émission estivale Lectures d’enfance.
Extrait du livre audio Les deux gredins, de Roald Dahl, édité chez Audible, avec la voix de Claude Villers.

On trouve aussi des formes d’écriture qui guident l’interprétation. Par exemple, quand le personnage s’adresse directement à l’auditeur, cassant le quatrième mur.

Extrait de C’est la vie !, un feuilleton radiophonique de RFI, produit en 2019.

Interpréter les personnages

Parfois aussi, le narrateur donne un accent, une texture à la voix d’un personnage, une tessiture. La voix aura un son caverneux, une musicalité sifflante, fluette, ou encore nasillarde. Le personnage aura un ton mesquin, coquet, naïf, arrogant, …

Extrait de Harry Potter et la Chambre des Secrets, édité chez Audible, et lu par Bernard Giraudeau.

La difficulté réside ici dans la capacité à tenir ces interprétation dans la longueur de l’enregistrement.

Utiliser plusieurs voix

Il arrive parfois que le texte utilise non pas une seule voix, mais plusieurs. Différentes distributions peuvent être rencontrées. On peut par exemple utiliser un narrateur, et une ou des voix différentes pour les dialogues.

Extrait de Charlie et la chocolaterie, lu par Claude Villers, Étienne Fernagut, Sophie Wright, Muriel Flory, et Christine Authier.

Plus on s’approchera du théâtre radiophonique, et plus on aura une voix par personnage. Dans les deux extraits qui suivent, on peut apprécier la différence d’adaptation et d’interprétation à plus de 50 ans d’écart du même passage de la bande dessinée d’Hergé.

Extrait des 7 boules de cristal, feuilleton radiophonique en 15 épisodes réalisé par l’ORTF en 1960, à retrouver sur le site de l’INA, et en écoute sur le site de France Culture.
Extrait des 7 boules de cristal, présenté sur France Culture par la Comédie-Française, Moulinsart avec l’Orchestre National de France en 2017. À réécouter en podcast sur le site de France Culture.

On peut aussi séparer la partie narrative en plusieurs voix. Par exemple, dans l’enregistrement de Fantastique Maître Renard édité chez Gallimard, Christine Delaroche et Daniel Prévost se partagent les personnages, ainsi que les parties narratives proches de leurs personnages, même si Daniel Prévost interprète la majeure partie des narrations. Christine Delaroche interprète majoritairement les personnages féminins et les enfants.

Extrait de Fantastique Maître Renard, livre audio édité chez Audible, avec la voix de Daniel Prévost et de Christine Delaroche.

Si l’on avait laissé à Daniel Prévost le soin de toutes les parties narratives, on aurait eu très souvent un changement de voix, ce qui aurait rendu difficile la compréhension et le suivi du texte.

Les ambiances sonores

Les ambiances sonores peuvent parfois venir accompagner les voix pour rendre plus vivants les livres. C’est un parti pris souvent rencontré dans les livres audio pour enfants, ou lorsque la production est clairement destinée à une écoute radiophonique grand public.

Ces bruitages peuvent parfois être très légers, ils servent à rythmer un texte, à l’augmenter. On entendra une automobile démarrer, une porte claquer, un animal miauler…

En allant plus loin encore, tout un environnement peut être reconstitué, se rapprochant des pratiques du cinéma, même parfois augmentées de musiques (voir plus bas). C’est souvent le parti pris du théâtre radiophonique.

Extrait du feuilleton radiophonique Le temple du soleil, diffusé pour la première fois en 2019 sur France Culture, avec la participation de la la Comédie-Française, de Moulinsart, et avec l’Orchestre National de France.

Les techniques d’enregistrement

La manière la plus courante d’enregistrer un livre audio est de placer un micro à courte de distance du narrateur, à la manière du voice-over. La voix est celle de la radio, l’auditeur ne perçoit pas l’espace d’enregistrement. On évite aussi les jeux de proximité. Le micro est rendu transparent, il s’agit d’une lecture.

Extrait du livre audio Miss Peregrine et les enfants particuliers, lu par Benjamin Jungers.

Mais parfois, au contraire, on veut donner vie à la matière de la voix elle-même, dans un espace plus ou moins grand, plus ou moins traité acoustiquement, qui va résonner, être intérieur ou extérieur. Parfois les acteurs et actrices joueront avec le micro, s’éloigneront, se rapprocheront au contraire.

Extrait de l’adaptation radiophonique du roman De la Terre à la Lune, diffusée pour la première fois en 1960 par France III Nationale.

Plus on va dans cette direction, plus on s’approche d’une pratique de théâtre radiophonique.

Utiliser la musique

La musique en particulier, et les sons abstraits en général sont des éléments qui viennent facilement augmenter une narration. On peut rencontrer ces éléments sonore comme des marqueurs de fin de chapitre, ou de transition dans la narration.

Extrait de Le Hobbit, lu par Dominique Pinon.

On peut aussi utiliser la musique comme un moyen de soutenir la narration, pour amplifier ou faciliter la compréhension d’une situation, à la manière dont le cinéma le pratique : pour soutenir le suspense, augmenter un passage dramatique, etc.

Extrait de Matilda, lu par Christian Gonon et 7 autre comédiens.

On rencontre même des exemples où l’ambiance sonore est quasiment un tapis continu…

Extrait du livre audio Les révoltés du Bounty, et lu par Lu par : Christian Fromont, Jean-Claude Landier, Will Maes et Cyril Deguillen.

Ces éléments sonores musicaux peuvent prendre des formes de quasi bruitage, pour évoquer des événements de l’histoire.

Extrait de la fée du robinet, tiré des incontournables contes de la rue Broca, lu par Pierre Gripari et François Morel.

Enfin, on trouve aussi les chansons comme éléments complémentaires à la narration, comme dans les comédies musicales.

Extrait de Allo docteur Ludo, une comédie musicale vraiment géniale, avec la voix de François Morel.

Au delà de la fiction

Dans le documentaire aussi, on doit réfléchir à la voix. Même si ce n’est pas le sujet de cet article, j’avais tout de même envie d’évoquer quelques variations, depuis les interprétations très neutres jusqu’aux documentaires à sensation, en passant par les choses plus subtiles.

En particulier, j’aime énormément le ton qu’utilisait Jean-Christophe Victor dans le dessous des cartes.

La voix de Jean-Christophe Victor dans l’émission le dessous des cartes, avant son décès en 2016.

Dans les formes plus marquées, on trouve le nouveau programme très réussie de France Inter à destination des enfants, Les Odyssées. Le ton, la musique, l’ambiance font un peu penser à ces documentaires américains comme les bâtisseurs de l’impossible, où tout est incroyable…

Extrait de l’épisode des Odyssées consacré à Apollo 11.

Dans un style très différent, on trouve aussi des poèmes composés musicalement, par Jacques Rebotier.

Litanie de la vie j’ai rien compris, de Jacques Rebotier

Remerciements

Je ne pouvais pas finir cet article sans un clin d’œil à Denis et Catherine de la compagnie du Chat noir, qui ont été pendant de nombreuses années nos dealers de quartiers du livre audio. Leurs conseils avisés ont été source de nombreuses joies, et le sont toujours…

Je remercie aussi Blast pour les compléments à la première version de cet article, qui m’ont permis d’ajouter des liens et informations sur les saga mp3.

Published 21 Jul 2019 in radio - jmtrivial

Lunii

Il y a quelques années, je lisais sur le blog de Morgane un billet au sujet d’une petite boîte magique, la fabrique à histoires Lunii.

Récemment, j’ai eu l’occasion de l’essayer, et je dois avouer que le produit est vraiment bien pensé : simple à manipuler pour l’enfant, avec une grande variété d’histoires, et toujours cette possibilité d’être acteur de l’écoute. Car avec Lunii, on n’écoute pas une histoire, on la fabrique, en choisissant les éléments qui vont la composer: personnage principal, décor, objets, acolytes, … et c’est parti !

Cerise sur le gâteau, l’application de mise à jour des histoires est disponible pour tous les systèmes d’exploitation, y compris GNU/Linux !

Les possibilités semblent très étendues, et on attend avec impatience un kit ou un logiciel pour pouvoir soi-même fabriquer des histoires dont on serait les héros…

Published 10 Jul 2019 in radio - jmtrivial

Quelques ingrédients d’une pièce radiophonique

Quand on fabrique du son pour la radio, et plus généralement pour que quelqu’un l’écoute, il existe plein de techniques, de méthodes, d’ingrédients que l’on peut utiliser. Depuis quelques années, je lis pas mal autour du son, je discute avec les copains et copines d’Utopie Sonore, du Cri de la girafe, de Radio Campus. On échange aussi avec les gens lors d’ateliers sur le son amplifié au théâtre, ou autour de la description du son.

De ces lectures et discussions, ainsi que de mes expérimentations personnelles publiées ou non, j’ai réuni dans le texte qui suit quelques idées, lignes de réflexion, qui peuvent aider à penser le son. Je ne prétend pas être exhaustif, et les quelques pistes proposées doivent plus être vues comme des éléments de réflexion sur sa pratique, ou comme des outils d’aide à l’analyse critique de pièces existantes.

Des mots pour décrire le son

Quand on manipule du son, la première chose à faire pour le comprendre, c’est de s’équiper d’un vocabulaire de description. En musique et en physique, on a du vocabulaire pour décrire tout cela. Je vous renvoie à l’article que j’avais écrit sur les mathématiques et le son, qui raconte ce qu’est le son de ces points de vue : hauteur/fréquence, intensité, rythme, battements par minutes, etc.

En allant un peu plus loin, on peut s’intéresser à des travaux comme celui de Pierre Schaeffer, explorateur théoricien d’un vocabulaire de description du son : attaque/corps/chute, mais aussi texture, masse, dynamique, …

Ces outils sont utiles pour identifier des sons similaires, repérer ceux qui se fondront facilement l’un dans l’autre, ou au contraire ceux qui ressortiront efficacement quand on les mélangera. Un son aigu, très lisse, composé d’une masse principalement distribuée le long des harmoniques de la fondamentale (une note cristalline) ressortira par exemple très efficacement au milieu d’un son de masse importante, plutôt grave et rugueux (le son d’un moteur de camion).

Pierre Schaeffer présentant l'acousmonium
Pierre Schaeffer présentant l’acousmonium

Objets sonores

Pierre Schaeffer a construit son travail à partir de la définition d’objet sonore, ou entité sonore détachée de son contexte. Quand on fabrique des pièces à écouter, on assemble souvent plusieurs fragments sonores, que l’on superpose, juxtapose, mélange. Pour l’auditeur, peut importe la recette. Quand il va écouter la pièce, il pourra parfois identifier distinctement plusieurs objets sonores qui se superposent, parfois au contraire il ne percevra qu’une seule continuité de son.

Composer une pièce consiste donc à jouer avec ces différents objets sonores pour qu’ils se répondent, se mélangent, se détachent, se combinent… Dans la suite, on évoque quelques manières de penser ces objets sonore, de les fabriquer, et de les assembler, afin de construire une pièce complète et cohérente.

Voix, musiques, ambiances, bruits

Une première manière de catégoriser ces objets sonores, c’est de les distinguer suivant ce qu’ils portent.

En premier lieu, notre oreille est extrêmement habituée à percevoir le son d’une voix humaine parmi d’autres sons. Nous sommes aussi très sensibles aux modifications de ces sons : équalisation, glissement de fréquences et autres artifices seront vite détectés, et pourront constituer une coloration de la voix.

Il faut bien sûr distinguer dans le son d’une voix le propos qu’elle porte de la matière sonore qu’elle compose en elle-même. Parfois, on pourra choisir des sons de voix sans se préoccuper de leur sens, voire même en les masquant. D’autres fois, on travaillera sur le propos seul, et sa texture sera ignorée, laissée brute, sans recherche d’esthétique sophistiquée. Si l’on travaille à l’enregistrement, la question du dispositif microphone est également un point important.

Une des premières choses que l’on ajoute ensuite en radio après la voix, c’est de la musique. Du son conçu pour être joli à l’oreille, harmonieux, rythmiquement élaboré. Il assure une certaine stabilité à l’auditeur, qui peut s’appuyer sur sa culture d’auditeur pour écouter, ressentir sans devoir trop analyser. C’est un outil très facile pour rehausser les ressentis de l’auditeur, augmenter un côté dramatique, accentuer un propos amusant, ou au contraire se placer en contrepoint. Mais c’est aussi quelque chose de compliqué à utiliser, car l’auditeur peut avoir ses propres souvenirs liés à un morceau, ce qui nuira à sa réception. C’est aussi un son très artificiel, qui peut éloigner l’auditeur d’une immersion dans un décor sonore, lui rappelant qu’il écoute un son composé. On peut aussi s’interroger sur les questions de droits d’auteur, ou sur les problématiques de captation… Les compositions récentes sont aussi énormément travaillées, et face à un son naturel paraître trop écrasantes, trop artificielles…

Quand on capte les sons en extérieur, on est vite tenté d’utiliser une prise d’ambiance pour compléter un son, placer un décor. On peut parler de paysage sonore. C’est un ingrédient classique, mais difficile à manipuler, car elle nécessite d’être très soigneux dans sa captation pour ne pas souffrir de gros défauts techniques. C’est aussi quelque chose avec lequel tous les auditeurs ne sont pas familiers, et qui teinte la pièce d’une dimension documentaire, dont l’esthétique est très puissante. On travaille souvent ici avec des périodes de silence sur les autres éléments de la pièce, afin de laisser le décor s’installer.

Enfin, on complète ces éléments par des bruits, figuratifs ou non, qui viendront ponctuer et rythmer l’ensemble, soit en illustrant des détails d’un paysage sonore, à la manière d’une loupe auditive, soit en marquant une transition entre plusieurs moments de la pièce.

D’où vient le son

Il existe principalement deux sources de son : les sons captés par un micro, que l’on pourra dire sons du réel, et les sons fabriqués, que l’on pourra appeler sons de synthèse. Dans les deux cas, il existe une grande diversité de sons.

Un microphone dans un studio.

Les sons du réel peuvent être issus d’un environnement naturel, captés dans la ville, issus d’un microphone à contact percevant les moindres vibrations d’un objet, ou encore captées grâce à un micro très directionnel, comme une loupe sur un son en particulier… On pourra aller lire un article précédemment écrit sur la manière d’utiliser un enregistreur pour repérer quelques éléments clés de cette question de captation.

Les sons de synthèse peuvent être produits par un dispositif électronique, informatique, voire mécanique. Cette synthèse peut s’appuyer sur des oscillateurs, sur des générateurs aléatoires, être conçu pour être agréable, ou désagréable, etc.

Au moment de la fabrication, ces deux familles de sources (du réel vs de synthèse) sont généralement facilement identifiables, sauf bien sûr si on s’amuse à enregistrer le son d’une sonnette électrique avec un micro. À l’oreille, on arrive aussi souvent à distinguer les deux familles. Mais quand on commence à les modifier avec des plugins, des effets, des distorsions, on peut vite perdre cette séparation. On obtient un continuum, depuis les sons très réels issus du quotidien, figuratifs et explicites de leurs sources, jusqu’aux sons très abstraits, qui semblent terriblement synthétiques.

Il est cependant difficile de mélanger simplement des sons des deux extrêmes sans que l’auditeur ressente tout de suite une impression de collage brutal. Notre oreille capte deux canaux, qui vivent leur vie séparée. Deux objets sonores distincts. En allant plus loin dans ce continuum, on peut bien sûr percevoir plus de deux canaux, si les caractéristiques de chacun d’eux est suffisamment différente.

Ce qui est intéressant, c’est que l’on peut jouer de cet assemblage, en faisant se répondre les sons, voire en choisissant des sons dont les fréquences, le grain sont tellement semblables que l’on perd soudain l’auditeur en faisant fusionner ces sources. C’est à la fois un défi technique, et un guide intéressant de la composition : travailler à faire vivre ces sons au delà d’une juxtaposition brutale.

Ce travail de fusion peut être réalisé en amont, pour fabriquer un objet sonore unique, ou au contraire de manière dynamique, pour faire évoluer la pièce.

Structurer une pièce

L’un des aspects important est bien sûr la structure globale de la pièce. La penser en actes, en parties, en éléments ayant chacun une couleur, une intention, une dominante… Ici chacun peut travailler à sa manière, en s’inspirant de pratiques existantes, issues de la composition musicale, de l’art de la narration, de la construction de documentaires, etc.

Conducteur papier de l’émission Léthargiques Substances Disparates

On peut par exemple faire se répondre deux types de passages, les uns très documentaires, les autres plus abstraits. On peut au contraire mélanger ces deux aspects pour former un ensemble continu, ou le propos, la couleur narrative sera plutôt le facteur déterminant.

Chaque projet a sa propre trame, son propre mécanisme d’écriture sonore. Dans les projets sur lesquels j’ai travaillé, je peux citer Léthargiques Substances Disparates, où la pièce d’une heure était découpée en tableaux aux intentions préalablement définies, un projet de création sonore collective, où les tableaux et les transitions avaient été pensées avant leur réalisation, ou les artichauts sonores, où on a cherché à mêler des formes différentes. Dans Interface, la musique et les ambiances jouent un rôle important dans la tenue du rythme.

Un point important consiste à soigner les transitions. On peut utiliser des silences, des sons percussifs et très nets, ou au contraire travailler sur une transition douce. On peut exploiter la variation de registre de contenu (voix, musique, ambiance, bruits) pour faciliter la lecture du changement de tableaux. En radio, on utilise par exemple souvent le principe de virgule musicale quand on construit un conducteur.

Une habitude prise avec les ami·e·s du cri de la girafe a consisté à être très soigneux sur les premiers moments des pièces produites, autant sur le fond que sur la forme, afin d’accrocher l’auditeur, et ainsi l’inviter à prolonger son écoute. C’est une pratique qui semble essentielle, à l’heure où de plus en plus d’écoutes se font en podcast.

Travailler par plans

Composition d’une photo par plans.

Une autre manière de réfléchir les éléments sonores d’une pièce consiste à les penser en terme de plans : le premier plan, où l’écoute est pleinement concentrée, le second plan, où des détails viennent compléter les choses, et l’arrière-plan, qui dresse le décor. On pourra jouer sur le volume, sur la spatialisation, sur des effets de réverbération par exemple, pour ouvrir le son depuis le micro jusqu’au lointain.

Une manière de composer simplement une scène consiste à placer les voix au premier plan, les bruits des objets manipulés par les protagonistes au second plan, et l’ambiance de la ville en arrière-plan, pour placer une discussion au balcon d’un appartement marseillais par exemple.

Cette construction par plans peut bien sûr évoluer au fil d’une scène, par exemple en faisant s’approcher progressivement une bande musicale de l’auditeur : d’abord étouffée, captée en condition naturelle pendant une fête entre amis, elle est progressivement remplacée par la version propre, directement prise sur le disque de l’artiste. C’est un effet que nous avons par exemple travaillé dans le générique de Faratanin Fraternité.

De l’importance des niveaux de détail

Niveaux de détails dans une composition 3D.

C’est en étudiant la manière dont travaillent les infographistes que j’ai compris un élément important de la composition sonore. Dans une série de vidéos et d’articles traitant de la manière de bien modéliser des objets 3D, Jonathan Lampel rappelle l’importance d’intégrer dans une composition des éléments à chaque échelle : des détails de grande taille pour structurer l’ensemble, des éléments de petite taille pour donner à la création un caractère dense, complet, réaliste, et des détails à l’échelle intermédiaire pour rendre le tout naturel.

C’est en suivant ce chemin de composition que l’on peut penser une création, en la rendant équilibrée suivant différents aspects : la longueur des objets sonores utilisés (des objets sonores qui s’étirent sur la longueur, aux éléments quasi instantanés, en passant par les objets de quelques secondes de durée), la hauteur des sons (des sons graves, médium et aigus), leur rugosité (lisses, rugueux, intermédiaires), leur présence spatiale (des sons qui occupent tout l’espace avec une réverbération intense, des sons très précis comme pris au micro-canon), etc.

En choisissant de ne pas inclure des objets sonores de toutes les tailles sur ces différentes échelles, on risque de créer un déséquilibre. Ce déséquilibre peut être un choix artistique, mais il est important d’en avoir conscience.

Pour aller plus loin

Parmi les livres qui traitent de la composition sonore dans une voie un peu proche de ce qui est présenté ici, on peut penser à Pour une écriture du son, de Daniel Deshays, ou aux livres de Michel Chion autour de l’écriture du son pour le théâtre ou le cinéma.

Sur un sujet proche, et en même temps éloigné, on peut écouter Poétiques de la radio, qui questionne ce qu’est la pratique de la radio.

Published 9 Jul 2019 in radio - jmtrivial

Le son binaural, c’est quoi ?

Depuis deux ans, on entend parler absolument partout du son binaural. La première fois que j’ai réellement découvert ce que cela signifiait, c’était à l’occasion d’Utopie Sonore 2016, où un groupe de participant·e·s avait pu réaliser quelques expérimentations.

Plus récemment, c’est à Longueur d’ondes 2019 que j’ai assisté à une démonstration de mixage pour l’écoute binaurale.

Le monde de la radio et du son en général est en véritable effervescence au sujet de ce qui est annoncé par beaucoup comme une véritable révolution… On peut écouter des émissions à ce sujet, et même en écouter sur le site de Radio France dédié au son 3D

Mais qu’est-ce que c’est, le son binaural ?

[Le son binaural] est une technique qui restitue l’écoute naturelle, en trois dimensions.

Son binaural: la 3D sonoreLe numérique et nous, Catherine Petillon, France Culture, mai 2017

Cette préparation spécifique du son permet de ressentir une impression d’immersion très réaliste. On se retrouve au cœur d’un univers sonore, bien plus qu’avec la stéréo classique.

Pour comprendre comment ça marche, il faut revenir un tout petit peu en arrière, et expliquer comment notre système auditif fonctionne pour localiser les sources des sons.

On écoute avec deux oreilles

Je ne reviendrai pas ici sur ce qu’est un son, ni sur la question du spectre auditif. Si ces questions vous intéressent, je vous invite à consulter le début de l’article que j’avais écrit sur la musique et les mathématiques.

« Le son que je viens d’entendre a‑t-il été produit devant moi, au dessus, sur la gauche, derrière ? À 2 mètres, à 10 mètres ? » Les humains, comme beaucoup d’autres animaux, sont capables de localiser très précisément une source sonore dans l’espace environnant.

Pour cela, on utilise principalement nos deux oreilles. Une à gauche, une à droite. Comme elles sont placées de chaque côté de notre tête, et comme le son avance dans l’air ambiant à une vitesse de 340 mètres par seconde, il y a donc quelques millisecondes de différence dans la perception du son par les deux oreilles. En ajoutant à cela l’atténuation naturelle de l’intensité due à la distance, on a donc une légère différence de niveau sonore dans la perception du son entre les deux oreilles. Cela permet de situer efficacement un son dans le plan horizontal.

La localisation dans le plan vertical du son est quant à elle permise par la forme particulière de nos oreilles, nos épaules, notre tête, etc. En effet, ces structures ont tendance à réfléchir ou à filtrer certaines fréquences, ce qui entraîne une modification du spectre fréquentiel perçu. Certaines fréquences sont atténuées, et d’autres amplifiées suivant la direction d’où vient le son.

La perception de la distance est notamment permise grâce aux différences perceptibles entre le son qui arrive directement à nos oreilles, et celui qui arrive après avoir été réverbéré par l’environnement.

Enfin, puisque ces différentes perceptions sont parfois délicates, nous avons également tendance à réaliser des micro-mouvements de la tête, non contrôlés, qui aideront le cerveau à affiner sa perception de la localisation de la source, en utilisant plusieurs estimations successives à des orientations différentes.

Si vous voulez en lire plus sur ces questions, je vous invite à parcourir l’article sur le site cochlea, que je trouve très pédagogique.

Simuler un son naturel

Quand on utilise un dispositif d’enregistrement et de restitution du son, on cherche donc à simuler un son naturel, pour permettre à l’auditeur de le percevoir localisé dans l’espace ambiant. À chacune des étapes de l’enregistrement, du mixage, et de la diffusion, on doit donc réfléchir à la manière de spatialiser le son.

Multi-sources

La manière la plus simple de spatialiser le son, mais qui est peu utilisée, consiste à placer une enceinte à l’endroit de chacun des sons que l’on veut simuler. C’est ce qui est fait au théâtre par exemple, où l’on pourra placer une enceinte dans le landau pour faire entendre un bébé qui pleure. Les spectateurs entendront le son venir exactement du bon endroit.

Évidemment, cette technique n’est possible que si l’on peut positionner une enceinte pour chacune des sources sonores que l’on veut simuler. C’est assez utopique, et impossible pour un dispositif d’écoute personnel.

La technique la plus courante est donc la diffusion du son en stéréo, voire en 5.1. Je ne prendrai pas le temps de détailler les sons 5.1 et ses alternatives pour le cinéma, mais on peut les entendre comme une extension du son stéréo.

Le son stéréo

Studio de montage stéréo
Studio de montage stéréo

Le son stéréo fonctionne très bien avec deux enceintes, placées de part et d’autre de l’auditeur, à distance égale, généralement en formant un triangle équilatéral à 60°.

En mixant le son pour la stéréo, on utilise principalement les écarts d’intensité entre les deux canaux pour simuler un son gauche/droite. Parfois, on ajoute à cela un léger délai entre les deux signaux, pour augmenter encore l’impression de spatialisation. Mais on va rarement au delà, car la perception réelle de l’auditeur dépend beaucoup de la position de ses enceintes.

Pour enregistrer du son pour la stéréo, on pourra par exemple utiliser un couple XY, ou encore un couple ORTF, suivant les besoins et envies.

Il est intéressant de noter que l’écoute au casque d’un son mixé pour la stéréo semblera généralement moins bien spatialisé, parce que les sources sonores seront collées aux oreilles, et non plus éloignées significativement de l’auditeur. En diffusant un son uniquement dans l’enceinte droite, on a toujours une écoute stéréo, l’auditeur perçoit l’enceinte à 45°. À l’inverse, en ne diffusant un son que dans l’oreillette droite d’un casque, on proposera à l’auditeur un mix qui n’a rien de naturel (on n’entend jamais un son que d’une seule oreille). De plus, avec un casque, impossible de profiter des micro-mouvements de la tête.

Le son binaural

Le principe du son binaural est de concevoir un son pour une écoute au casque, la plus fidèle possible à ce que l’on pourrait percevoir en environnement réel : délai entre les deux oreilles, différence d’intensité, modification du spectre de fréquences, afin de simuler au mieux les choses.

Tête de mannequin et micros-oreilles.

Il existe différentes techniques pour produire un tel son: soit en captation binaurale, en utilisant deux micros placés au niveau des oreilles de l’opérateur ou d’un mannequin, soit en utilisant des plugins de spatialisation de son dédiés, où l’on place la source dans l’espace ambiant, et où l’on simule un son binaural.

Les limitations du son binaural

Si sur le papier cette approche semble très prometteuse, il est tout de même important de rappeler quelques limitations, qui font que cette technique n’est probablement pas aussi formidable que ses défenseurs veulent le faire entendre.

Tout d’abord, notre écoute s’appuie beaucoup sur les micro-mouvements de la tête pour affiner la localisation des sources de son. La seule manière de simuler cela dans le cadre d’une diffusion binaurale est de réaliser un suivi en temps réel de la tête de l’auditeur, et d’ajuster le mix qui arrivera à ses oreilles en temps réel. Cela n’est possible qu’avec un son réalisé virtuellement avec des plugins de spatialisation, et ne sera pas possible avec un son naturel enregistré en binaural.

D’autre part, une grande partie de la perception spatiale dépend de la forme précise de nos oreilles et de notre anatomie en général (forme de la tête, forme des épaules, etc.). D’une personne à l’autre, le filtre fréquentiel que subit le son peut varier de manière significative. Ainsi, si j’enregistre en binaural depuis mes oreilles, et que vous écoutez ensuite l’enregistrement, vous pourriez percevoir un son au dessus de vous, alors que je l’aurais enregistré face à moi. La seule manière pour contourner cette limitation est de réaliser un mix dédié à chaque auditeur, ou à chaque famille d’auditeurs. C’est probablement un chemin qui suivra l’industrie du son.

En attendant, on a donc à notre disposition des sons binauraux mixés pour qu’ils satisfassent au plus grand nombre. Si vous êtes proches des propriétés morphologiques de la moyenne, vous aurez alors une perception très fine de la spatialisation. À l’inverse, si vous en êtes éloignés, vous percevrez aussi une spatialisation, mais probablement incohérente avec celle imaginée par le producteur…

Conclusion

Ce que je regrette beaucoup dans la communication à outrance que l’on voit ces dernières années sur les technologies binaurales, c’est que les défenseurs de ces techniques se placent en évangélisateurs, présentant la technique comme une révolution formidable, qui permet des merveilles.

Même si cette technique apporte des sensations vraiment intéressantes pour l’auditeur, je pense qu’il est important de relativiser, d’une part sur les performances de simulation réaliste de l’approche, comme nous l’avons vu ci-dessus, mais aussi sur le fait que cette approche est fréquemment exploitée par les gens qui réalisent un mix, même pour la stéréo. Ce n’est donc pas une révolution, mais plus une évolution des pratiques…

Published 7 Jun 2019 in radio - jmtrivial

Convertir des fichiers son

J’utilise intensément les logiciels de traitement de son disponibles sur GNU/Linux. Dans l’ensemble, ils correspondent à la plupart de mes besoins. Cependant, la conversion des fichiers est souvent une question un peu ennuyeuse.

Soit on le fait en ligne de commande avec le super outil ffmpeg, soit on le fait avec un outil graphique comme le soundconverter de Gnome, soit on utilise audacity… Mais c’est à chaque fois plein de modifications.

Au quotidien, j’utilise l’environnement KDE pour travailler. L’explorateur de fichier, c’est Dolphin. Lequel a l’énorme avantage d’être modifiable simplement. Je me suis donc récemment retroussé les manches, pour écrire un petit menu de conversion audio, de celles que je fais le plus souvent:

  • convertir n’importe quel fichier multimédia vers du flac (format non destructif) pour permettre l’import dans ardour, qui ne sait pas prendre en charge le mp3, car il s’appuie sur libsndfile, une bibliothèque qui n’a pas encore le support de ce format, malgré l’entrée récente de ce format dans le domaine public.
  • convertir n’importe quel fichier multimédia vers du mp3 44.1kHz en qualité 320k, pour une diffusion web et radiophonique.

Le tout est disponible en faisant un clic droit sur n’importe quel fichier multimédia. Ce petit bout de script est donc disponible sur github, et sous licence GPL v3. Toute suggestion d’amélioration est la bienvenue, dans la limite du temps disponible.

Published 26 May 2019 in radio - jmtrivial

Écoutes du moment

Il y a quelques jours, je partageais ici mes lectures sur l’écoute, les revues du son. Parmi les choses que j’aime lire sur ces pages, ce sont notamment les suggestions d’écoutes, les critiques d’auditeurs sur les podcasts du moment. J’avais donc envie de partager ici quelques-unes de mes écoutes du moment.

Laitue Nocturne

Visuel de Laitue Nocturne

C’est l’émission de création sonore de Radio Larzac. Laitue Nocturne, une fois toutes les deux semaines, la nuit en FM, puis en podcast sur le site de la radio.

Chaque émission durent environ 30 minutes, on y retrouve pèle-mêle des captations, de la musique concrète, de la musique populaire, de la lecture de textes, des assemblages et collages sonores. L’émission est pleine de rythmes, de petits bruits, de découvertes. Les voix, celle d’Émilie, et celle des lecteurs et lectrices qu’elle sollicitent nous amènent dans un univers à la fois poétique, gratte-poil, drôle… Toujours percutant !

La causerie musicale

Le visuel de la causerie musicale.

La causerie musicale, c’est le podcast d’Arnaud, un DJ Clermontois, une fois toutes les deux semaines ou une fois par mois. On y entend sa voix, qui raconte une passion, un métier, une curiosité pour la musique, pour les gens qui la font, ceux et celles qui l’écoutent.

Le premier épisode raconte comment on explore la ville et le territoire quand on est un DJ, comment le son guide dans la ville, et comment la pratique de la ville influe le son.

Le grain des choses

Page d’accueil du grain des choses

La revue sonore le grain des choses, dont on avait entendu parler à Longueur d’ondes 2018. L’équipe y racontait son envie de prendre le temps pour bien faire, de proposer non pas une plateforme de podcasts, mais d’éditer régulièrement une revue d’écriture sonore.

Le premier numéro, publié en 2019, propose des documentaires, des cartes postales, de formats variés : de 59 secondes à 55 minutes. Des chansons aussi.

Je n’ai pas encore tout écouté, mais j’ai particulièrement aimé ici, à travers les montagnes on voit l’horizon, qui raconte la Drôme, ses habitant·e·s, la solidarité, la solitude… Des voix qui marquent, des histoires qui parlent.

Published 31 Mar 2019 in radio - jmtrivial

Revues du son

En ce début d’année 2019, on apprenait avec tristesse que la revue de l’écoute — Syntone était mise en hibernation par le collectif qui la portait. Pendant au moins douze mois, comme on peut le lire sur le site de la revue. Aaaah ! Dur !

On peut bien sûr relire les anciens numéros, parcourir les articles, et suivre les événements organisés par Syntone. Mais il y a aussi d’autres revues qui s’intéressent au son. Bien sûr, pas sous le même angle, pas avec les mêmes autrices et auteurs, mais avec une démarche à découvrir. En voici quelques-uns.

Les revues d’analyse

L’un des éléments que j’aime lire dans Syntone, ce sont les articles d’analyse, qui permettent de prendre du recul sur les pratiques d’écoute et de création. C’est la diversité des angles (historique, sociologique, d’analyse musicale par exemple) que je trouve motivante.

Audimat

Couverture du dixième numéro d’Audimat.

La revue Audimat est d’après son site internet une revue de critique musicale. Elle est publiée deux fois par an sous forme d’un petit carnet papier, et regroupe à chaque fois cinq ou six articles de fond, entre sociologie, musique, histoire, écoute, ou encore technique du son.

Très marquée par la culture musique électronique, elle navigue dans des sujets variés, et s’intéresse notamment à l’histoire des pratiques musicales du XXe siècle. Je n’ai eu l’occasion de ne lire qu’un numéro pour l’instant, mais j’ai particulièrement apprécié y trouver des articles soignés, bien documentés, et qui ouvrent à la curiosité.

La revue Audimat est distribuée dans différents points de vente, sur la boutique en ligne ou en abonnement.

Pilule

Page d’accueil du magazine Pilule.

Le magazine Pilule est d’après son site internet le magazine du sonore. C’est un magazine en ligne, trimestriel, porté par un collectif dijonnais regroupant « des journalistes, des musiciens, des graphistes qui sont tous des passionnés de sons, adorent en parler et surtout en débattre. »

Chaque numéro aborde un thème (le vintage, la radio), et à chaque fois, de nombreux articles viennent proposer un angle de lecture sur le thème. Explorant à la fois la culture populaire, les pratiques du son, et l’histoire de la création musicale, la revue est dense, bien documentée, souvent augmentée de contenus son ou vidéo, et permet d’aller à la rencontre de nombreux·ses producteurs et productrices de son. La maquette du site est très soignée, les photos illustrant chaque article sont puissantes.

Radio Graphy

Radio Graphy est publié par le Groupe de Recherches et d’Études sur la Radio (GRER), une association scientifique pour la promotion de l’étude du média radio.

On peut y suivre une actualité orientée autour des approches innovantes de la radio, plutôt institutionnelles ou portées par les grands acteurs du domaine. On y retrouve des problématiques liées aux pratiques du journalisme, à la création radiophonique, au rôle et à la place de la radio dans la cité, aux nouvelles pratiques d’écoute et de diffusion.

Les revues d’écoute

La production quotidienne de son, qu’elle soit réalisée dans les radios publiques, associatives, par des collectifs, sur des plateformes de podcast ou même sur youtube est tout simplement gigantesque. Difficile de s’y retrouver, de découvrir de nouvelles choses sans y consacrer tout son temps. On avait autrefois le génial perce-oreilles, ou l’on retrouvait une sélection pointue de contenus très variés, comme une oreille tendue sur le monde. La revue de l’écoute proposait aussi dans ses pages des chroniques d’écoute.

Il existe heureusement beaucoup d’espaces numériques proposant de partager une sélection de contenus à écouter. On en trouve un peu pour toutes les oreilles, à chacun d’y faire son chemin. Voici quelques références où aller butiner du contenu.

Revues de podcasts

2018 a été l’année où on s’est fait l’écho d’une renaissance du podcast en langue française. En plus des plateformes de diffusion de ces contenus à série, on a vu apparaître plusieurs sites proposant une sélection plus ou moins régulière de podcasts à écouter :

  • Radio tips, un webmagazine sur les podcasts. Il est principalement animé par une personne.
  • Radiovore,  un espace de recommandations de podcasts, de créations sonores, et plus généralement, de contenus audio parlé. Il est principalement animé par une personne.
  • les moissonores, porté par un collectif de 5 personnes, qui proposent chaque mois une sélection de podcasts.
  • popcast, un groupe facebook de gens passionnés de l’écoute radiophonique, qui échangent leurs productions, ou leurs découvertes.

L’écoutoir

Logo de l’écoutoir

L’écoutoir est un peu à part dans cet univers de la sélection à écouter. Il se présente comme un cabinet de curiosités, sonores musicales et radiophoniques. Les formes retenues et proposées à l’écoute sont plus pointues, plus proches de la création radiophonique ou musicale.

On aime y retrouver un contenu plein de poésie, de délicatesse.

Et puis tout le reste…

Plein d’autres acteurs proposent aussi sur leurs sites internet ce que leur oreille entend quand elle écoute les ondes. De manière très nombriliste, je peux par exemple citer ce qu’écoutent les giraphones, ou les Larrys de Léthargiques Substances Disparates.

Les techniques du son

Ce que j’aimais retrouver dans Syntone, c’était aussi quelques articles plus techniques au sujet de l’enregistrement, du montage, des aspects techniques de la réalisation sonore.

Les dossiers d’audiofanzine

Sur cette question, j’aime bien lire les dossiers de l’audiofanzine. Ils sont plutôt très techniques, à destination des gens avertis et intéressés à la question.

Rédigés par des bénévoles passionnés de la question, ces dossiers sont de niveau très inégaux, mais ils permettent tout de même de garder un bout du cerveau branché sur la prise de son, la composition, ou ces questions associées.

L’actualité sur LinuxMAO

Si l’on utilise GNU/Linux pour produire du son, il est toujours intéressant de garder un œil sur l’actualité linux de la Musique Assistée par Ordinateur (MAO), en lisant chaque mois l’éditorial du site LinuxMAO.

On y découvre la sortie de nouveaux logiciels, les nouveautés en terme de solutions techniques, et on garde un œil sur les pratiques des bidouilleurs·ses de sons.

Published 21 Mar 2019 in radio - jmtrivial