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Il arrive que je poste sur mon blog des articles en rapport avec des projets radiophoniques. En voici les dernières entrées correspondantes. Je vous invite bien sûr à lire ces billets dans leur environnement naturel, afin d'y laisser des commentaires  !

Le son binaural, c’est quoi ?

Depuis deux ans, on entend parler absolument partout du son binaural. La première fois que j’ai réellement découvert ce que cela signifiait, c’était à l’occasion d’Utopie Sonore 2016, où un groupe de participant·e·s avait pu réaliser quelques expérimentations.

Plus récemment, c’est à Longueur d’ondes 2019 que j’ai assisté à une démonstration de mixage pour l’écoute binaurale.

Le monde de la radio et du son en général est en véritable effervescence au sujet de ce qui est annoncé par beaucoup comme une véritable révolution… On peut écouter des émissions à ce sujet, et même en écouter sur le site de Radio France dédié au son 3D

Mais qu’est-ce que c’est, le son binaural ?

[Le son binaural] est une technique qui restitue l’écoute naturelle, en trois dimensions.

Son binaural: la 3D sonoreLe numérique et nous, Catherine Petillon, France Culture, mai 2017

Cette préparation spécifique du son permet de ressentir une impression d’immersion très réaliste. On se retrouve au cœur d’un univers sonore, bien plus qu’avec la stéréo classique.

Pour comprendre comment ça marche, il faut revenir un tout petit peu en arrière, et expliquer comment notre système auditif fonctionne pour localiser les sources des sons.

On écoute avec deux oreilles

Je ne reviendrai pas ici sur ce qu’est un son, ni sur la question du spectre auditif. Si ces questions vous intéressent, je vous invite à consulter le début de l’article que j’avais écrit sur la musique et les mathématiques.

« Le son que je viens d’entendre a-t-il été produit devant moi, au dessus, sur la gauche, derrière ? À 2 mètres, à 10 mètres ? » Les humains, comme beaucoup d’autres animaux, sont capables de localiser très précisément une source sonore dans l’espace environnant.

Pour cela, on utilise principalement nos deux oreilles. Une à gauche, une à droite. Comme elles sont placées de chaque côté de notre tête, et comme le son avance dans l’air ambiant à une vitesse de 340 mètres par seconde, il y a donc quelques millisecondes de différence dans la perception du son par les deux oreilles. En ajoutant à cela l’atténuation naturelle de l’intensité due à la distance, on a donc une légère différence de niveau sonore dans la perception du son entre les deux oreilles. Cela permet de déceler efficacement si un son dans le plan horizontal.

La localisation dans le plan vertical du son est quant à elle permise par la forme particulière de nos oreilles, nos épaules, notre tête, etc. En effet, ces structures ont tendance à réfléchir ou à filtrer certaines fréquences, ce qui entraîne une modification du spectre fréquentiel perçu. Certaines fréquences sont atténuées, et d’autres amplifiées suivant la direction d’où vient le son.

La perception de la distance est notamment permise grâce aux différences perceptibles entre le son qui arrive directement à nos oreilles, et celui qui arrive après avoir été réverbéré par l’environnement.

Enfin, puisque ces différentes perceptions sont parfois délicates, nous avons également tendance à réaliser des micro-mouvements de la tête, non contrôlés, qui aideront le cerveau à affiner sa perception de la localisation de la source, en utilisant plusieurs estimations successives à des orientations différentes.

Si vous voulez en lire plus sur ces questions, je vous invite à parcourir l’article sur le site cochlea, que je trouve très pédagogique.

Simuler un son naturel

Quand on utilise un dispositif d’enregistrement et de restitution du son, on cherche donc à simuler un son naturel, pour permettre à l’auditeur de le percevoir localisé dans l’espace ambiant. À chacune des étapes de l’enregistrement, du mixage, et de la diffusion, on doit donc réfléchir à la manière de spatialiser le son.

Multi-sources

La manière la plus simple de spatialiser le son, mais qui est peu utilisée, consiste à placer une enceinte à l’endroit de chacun des sons que l’on veut simuler. C’est ce qui est fait au théâtre par exemple, où l’on pourra placer une enceinte dans le landau pour faire entendre un bébé qui pleure. Les spectateurs entendront le son venir exactement du bon endroit.

Évidemment, cette technique n’est possible que si l’on peut positionner une enceinte pour chacune des sources sonores que l’on veut simuler. C’est assez utopique, et impossible pour un dispositif d’écoute personnel.

La technique la plus courante est donc la diffusion du son en stéréo, voire en 5.1. Je ne prendrai pas le temps de détailler les sons 5.1 et ses alternatives pour le cinéma, mais on peut les entendre comme une extension du son stéréo.

Le son stéréo

Studio de montage stéréo
Studio de montage stéréo

Le son stéréo fonctionne très bien avec deux enceintes, placées de part et d’autre de l’auditeur, à distance égale, généralement en formant un triangle équilatéral à 60°.

En mixant le son pour la stéréo, on utilise principalement les écarts d’intensité entre les deux canaux pour simuler un son gauche/droite. Parfois, on ajoute à cela un léger délai entre les deux signaux, pour augmenter encore l’impression de spatialisation. Mais on va rarement au delà, car la perception réelle de l’auditeur dépend beaucoup de la position de ses enceintes.

Pour enregistrer du son pour la stéréo, on pourra par exemple utiliser un couple XY, ou encore un couple ORTF, suivant les besoins et envies.

Il est intéressant de noter que l’écoute au casque d’un son mixé pour la stéréo semblera généralement moins bien spatialisé, parce que les sources sonores seront collées aux oreilles, et non plus éloignées significativement de l’auditeur. En diffusant un son uniquement dans l’enceinte droite, on a toujours une écoute stéréo, l’auditeur perçoit l’enceinte à 45°. À l’inverse, en ne diffusant un son que dans l’oreillette droite d’un casque, on proposera à l’auditeur un mix qui n’a rien de naturel (on n’entend jamais un son que d’une seule oreille). De plus, avec un casque, impossible de profiter des micro-mouvements de la tête.

Le son binaural

Le principe du son binaural est de concevoir un son pour une écoute au casque, la plus fidèle possible à ce que l’on pourrait percevoir en environnement réel : délai entre les deux oreilles, différence d’intensité, modification du spectre de fréquences, afin de simuler au mieux les choses.

Tête de mannequin et micros-oreilles.

Il existe différentes techniques pour produire un tel son: soit en captation binaurale, en utilisant deux micros placés au niveau des oreilles de l’opérateur ou d’un mannequin, soit en utilisant des plugins de spatialisation de son dédiés, où l’on place la source dans l’espace ambiant, et où l’on simule un son binaural.

Les limitations du son binaural

Si sur le papier cette approche semble très prometteuse, il est tout de même important de rappeler quelques limitations, qui font que cette technique n’est probablement pas aussi formidable que ses défenseurs veulent le faire entendre.

Tout d’abord, notre écoute s’appuie beaucoup sur les micro-mouvements de la tête pour affiner la localisation des sources de son. La seule manière de simuler cela dans le cadre d’une diffusion binaurale est de réaliser un suivi en temps réel de la tête de l’auditeur, et d’ajuster le mix qui arrivera à ses oreilles en temps réel. Cela n’est possible qu’avec un son réalisé virtuellement avec des plugins de spatialisation, et ne sera pas possible avec un son naturel enregistré en binaural.

D’autre part, une grande partie de la perception spatiale dépend de la forme précise de nos oreilles et de notre anatomie en général (forme de la tête, forme des épaules, etc.). D’une personne à l’autre, le filtre fréquentiel que subit le son peut varier de manière significative. Ainsi, si j’enregistre en binaural depuis mes oreilles, et que vous écoutez ensuite l’enregistrement, vous pourriez percevoir un son au dessus de vous, alors que je l’aurais enregistré face à moi. La seule manière pour contourner cette limitation est de réaliser un mix dédié à chaque auditeur, ou à chaque famille d’auditeurs. C’est probablement un chemin qui suivra l’industrie du son.

En attendant, on a donc à notre disposition des sons binauraux mixés pour qu’ils satisfassent au plus grand nombre. Si vous êtes proches des propriétés morphologiques de la moyenne, vous aurez alors une perception très fine de la spatialisation. À l’inverse, si vous en êtes éloignés, vous percevrez aussi une spatialisation, mais probablement incohérente avec celle imaginée par le producteur…

Conclusion

Ce que je regrette beaucoup dans la communication à outrance que l’on voit ces dernières années sur les technologies binaurales, c’est que les défenseurs de ces techniques se placent en évangélisateurs, présentant la technique comme une révolution formidable, qui permet des merveilles.

Même si cette technique apporte des sensations vraiment intéressantes pour l’auditeur, je pense qu’il est important de relativiser, d’une part sur les performances de simulation réaliste de l’approche, comme nous l’avons vu ci-dessus, mais aussi sur le fait que cette approche est fréquemment exploitée par les gens qui réalisent un mix, même pour la stéréo. Ce n’est donc pas une révolution, mais plus une évolution des pratiques…

Published 7 Jun 2019 in radio - jmtrivial

Convertir des fichiers son

J’utilise intensément les logiciels de traitement de son disponibles sur GNU/Linux. Dans l’ensemble, ils correspondent à la plupart de mes besoins. Cependant, la conversion des fichiers est souvent une question un peu ennuyeuse.

Soit on le fait en ligne de commande avec le super outil ffmpeg, soit on le fait avec un outil graphique comme le soundconverter de Gnome, soit on utilise audacity… Mais c’est à chaque fois plein de modifications.

Au quotidien, j’utilise l’environnement KDE pour travailler. L’explorateur de fichier, c’est Dolphin. Lequel a l’énorme avantage d’être modifiable simplement. Je me suis donc récemment retroussé les manches, pour écrire un petit menu de conversion audio, de celles que je fais le plus souvent:

  • convertir n’importe quel fichier multimédia vers du flac (format non destructif) pour permettre l’import dans ardour, qui ne sait pas prendre en charge le mp3, car il s’appuie sur libsndfile, une bibliothèque qui n’a pas encore le support de ce format, malgré l’entrée récente de ce format dans le domaine public.
  • convertir n’importe quel fichier multimédia vers du mp3 44.1kHz en qualité 320k, pour une diffusion web et radiophonique.

Le tout est disponible en faisant un clic droit sur n’importe quel fichier multimédia. Ce petit bout de script est donc disponible sur github, et sous licence GPL v3. Toute suggestion d’amélioration est la bienvenue, dans la limite du temps disponible.

Published 26 May 2019 in radio - jmtrivial

Écoutes du moment

Il y a quelques jours, je partageais ici mes lectures sur l’écoute, les revues du son. Parmi les choses que j’aime lire sur ces pages, ce sont notamment les suggestions d’écoutes, les critiques d’auditeurs sur les podcasts du moment. J’avais donc envie de partager ici quelques-unes de mes écoutes du moment.

Laitue Nocturne

Visuel de Laitue Nocturne

C’est l’émission de création sonore de Radio Larzac. Laitue Nocturne, une fois toutes les deux semaines, la nuit en FM, puis en podcast sur le site de la radio.

Chaque émission durent environ 30 minutes, on y retrouve pèle-mêle des captations, de la musique concrète, de la musique populaire, de la lecture de textes, des assemblages et collages sonores. L’émission est pleine de rythmes, de petits bruits, de découvertes. Les voix, celle d’Émilie, et celle des lecteurs et lectrices qu’elle sollicitent nous amènent dans un univers à la fois poétique, gratte-poil, drôle… Toujours percutant !

La causerie musicale

Le visuel de la causerie musicale.

La causerie musicale, c’est le podcast d’Arnaud, un DJ Clermontois, une fois toutes les deux semaines ou une fois par mois. On y entend sa voix, qui raconte une passion, un métier, une curiosité pour la musique, pour les gens qui la font, ceux et celles qui l’écoutent.

Le premier épisode raconte comment on explore la ville et le territoire quand on est un DJ, comment le son guide dans la ville, et comment la pratique de la ville influe le son.

Le grain des choses

Page d’accueil du grain des choses

La revue sonore le grain des choses, dont on avait entendu parler à Longueur d’ondes 2018. L’équipe y racontait son envie de prendre le temps pour bien faire, de proposer non pas une plateforme de podcasts, mais d’éditer régulièrement une revue d’écriture sonore.

Le premier numéro, publié en 2019, propose des documentaires, des cartes postales, de formats variés : de 59 secondes à 55 minutes. Des chansons aussi.

Je n’ai pas encore tout écouté, mais j’ai particulièrement aimé ici, à travers les montagnes on voit l’horizon, qui raconte la Drôme, ses habitant·e·s, la solidarité, la solitude… Des voix qui marquent, des histoires qui parlent.

Published 31 Mar 2019 in radio - jmtrivial

Revues du son

En ce début d’année 2019, on apprenait avec tristesse que la revue de l’écoute — Syntone était mise en hibernation par le collectif qui la portait. Pendant au moins douze mois, comme on peut le lire sur le site de la revue. Aaaah ! Dur !

On peut bien sûr relire les anciens numéros, parcourir les articles, et suivre les événements organisés par Syntone. Mais il y a aussi d’autres revues qui s’intéressent au son. Bien sûr, pas sous le même angle, pas avec les mêmes autrices et auteurs, mais avec une démarche à découvrir. En voici quelques-uns.

Les revues d’analyse

L’un des éléments que j’aime lire dans Syntone, ce sont les articles d’analyse, qui permettent de prendre du recul sur les pratiques d’écoute et de création. C’est la diversité des angles (historique, sociologique, d’analyse musicale par exemple) que je trouve motivante.

Audimat

Couverture du dixième numéro d’Audimat.

La revue Audimat est d’après son site internet une revue de critique musicale. Elle est publiée deux fois par an sous forme d’un petit carnet papier, et regroupe à chaque fois cinq ou six articles de fond, entre sociologie, musique, histoire, écoute, ou encore technique du son.

Très marquée par la culture musique électronique, elle navigue dans des sujets variés, et s’intéresse notamment à l’histoire des pratiques musicales du XXe siècle. Je n’ai eu l’occasion de ne lire qu’un numéro pour l’instant, mais j’ai particulièrement apprécié y trouver des articles soignés, bien documentés, et qui ouvrent à la curiosité.

La revue Audimat est distribuée dans différents points de vente, sur la boutique en ligne ou en abonnement.

Pilule

Page d’accueil du magazine Pilule.

Le magazine Pilule est d’après son site internet le magazine du sonore. C’est un magazine en ligne, trimestriel, porté par un collectif dijonnais regroupant « des journalistes, des musiciens, des graphistes qui sont tous des passionnés de sons, adorent en parler et surtout en débattre. »

Chaque numéro aborde un thème (le vintage, la radio), et à chaque fois, de nombreux articles viennent proposer un angle de lecture sur le thème. Explorant à la fois la culture populaire, les pratiques du son, et l’histoire de la création musicale, la revue est dense, bien documentée, souvent augmentée de contenus son ou vidéo, et permet d’aller à la rencontre de nombreux·ses producteurs et productrices de son. La maquette du site est très soignée, les photos illustrant chaque article sont puissantes.

Radio Graphy

Radio Graphy est publié par le Groupe de Recherches et d’Études sur la Radio (GRER), une association scientifique pour la promotion de l’étude du média radio.

On peut y suivre une actualité orientée autour des approches innovantes de la radio, plutôt institutionnelles ou portées par les grands acteurs du domaine. On y retrouve des problématiques liées aux pratiques du journalisme, à la création radiophonique, au rôle et à la place de la radio dans la cité, aux nouvelles pratiques d’écoute et de diffusion.

Les revues d’écoute

La production quotidienne de son, qu’elle soit réalisée dans les radios publiques, associatives, par des collectifs, sur des plateformes de podcast ou même sur youtube est tout simplement gigantesque. Difficile de s’y retrouver, de découvrir de nouvelles choses sans y consacrer tout son temps. On avait autrefois le génial perce-oreilles, ou l’on retrouvait une sélection pointue de contenus très variés, comme une oreille tendue sur le monde. La revue de l’écoute proposait aussi dans ses pages des chroniques d’écoute.

Il existe heureusement beaucoup d’espaces numériques proposant de partager une sélection de contenus à écouter. On en trouve un peu pour toutes les oreilles, à chacun d’y faire son chemin. Voici quelques références où aller butiner du contenu.

Revues de podcasts

2018 a été l’année où on s’est fait l’écho d’une renaissance du podcast en langue française. En plus des plateformes de diffusion de ces contenus à série, on a vu apparaître plusieurs sites proposant une sélection plus ou moins régulière de podcasts à écouter :

  • Radio tips, un webmagazine sur les podcasts. Il est principalement animé par une personne.
  • Radiovore,  un espace de recommandations de podcasts, de créations sonores, et plus généralement, de contenus audio parlé. Il est principalement animé par une personne.
  • les moissonores, porté par un collectif de 5 personnes, qui proposent chaque mois une sélection de podcasts.
  • popcast, un groupe facebook de gens passionnés de l’écoute radiophonique, qui échangent leurs productions, ou leurs découvertes.

L’écoutoir

Logo de l’écoutoir

L’écoutoir est un peu à part dans cet univers de la sélection à écouter. Il se présente comme un cabinet de curiosités, sonores musicales et radiophoniques. Les formes retenues et proposées à l’écoute sont plus pointues, plus proches de la création radiophonique ou musicale.

On aime y retrouver un contenu plein de poésie, de délicatesse.

Et puis tout le reste…

Plein d’autres acteurs proposent aussi sur leurs sites internet ce que leur oreille entend quand elle écoute les ondes. De manière très nombriliste, je peux par exemple citer ce qu’écoutent les giraphones, ou les Larrys de Léthargiques Substances Disparates.

Les techniques du son

Ce que j’aimais retrouver dans Syntone, c’était aussi quelques articles plus techniques au sujet de l’enregistrement, du montage, des aspects techniques de la réalisation sonore.

Les dossiers d’audiofanzine

Sur cette question, j’aime bien lire les dossiers de l’audiofanzine. Ils sont plutôt très techniques, à destination des gens avertis et intéressés à la question.

Rédigés par des bénévoles passionnés de la question, ces dossiers sont de niveau très inégaux, mais ils permettent tout de même de garder un bout du cerveau branché sur la prise de son, la composition, ou ces questions associées.

L’actualité sur LinuxMAO

Si l’on utilise GNU/Linux pour produire du son, il est toujours intéressant de garder un œil sur l’actualité linux de la Musique Assistée par Ordinateur (MAO), en lisant chaque mois l’éditorial du site LinuxMAO.

On y découvre la sortie de nouveaux logiciels, les nouveautés en terme de solutions techniques, et on garde un œil sur les pratiques des bidouilleurs·ses de sons.

Published 21 Mar 2019 in radio - jmtrivial

Léthargiques Substances Disparates

Il y a un paquet de temps, avec Théo on avait bidouillé une pièce live, avec un micro, un contrôleur, un synthé. Ça s’appelait la présidentielle n’aura pas lieu. Cette forme-là, j’avais très envie de continuer à l’explorer. Quelque chose d’hybride entre la composition d’une pièce électroacoustique et d’une émission de radio classique en studio.

Et voilà, depuis un mois on s’est lancés, avec deux copains de radio, dans l’aventure de Léthargiques Substances Disparates. À chaque émission, un nouveau thème, ligne directrice de nos compositions, collages sonores, et actes…

On travaille à partir d’un conducteur graphique, où chacun des Larry de l’émission a sa piste de prise de micro, et sa piste de sons à lancer et à bidouiller. Une trame, que l’on compose à l’avance, et que l’on interprétera pendant le direct.

Sur une table, un rouleau de papier de plus d’un mètre est étalé. Autour, des crayons, des ciseaux, du matériel de son, un cookie esseulé dans une assiette, des post-it, … Sur le papier, une frise séparée en actes, et plusieurs pistes qui portent des indications notée dans des cadres rectangles, parfois colorés.

Bien sûr, grâce aux podcasts de Radio Campus, on peut réécouter les deux premières émissions. L01, où on a découvert le format :

S01, où on a commencé à faire progresser la forme dans la direction de ce qui nous motive :

L’émission a lieu tous les premiers lundis du mois de 22h à 23h, sur les ondes de Radio Campus Clermont-Ferrand. Après ligneux en janvier et strychnine en février, préparez vos oreilles à une explosion de sons pour le thème surprise du mois de mars, on va encore affiner notre pratique.

Published 16 Feb 2019 in radio - jmtrivial

Une webradio avec Manuel Faouen

Au fil des années, le blog que vous lisez a évolué avec mes centres d’intérêt. Aujourd’hui, si on y lit beaucoup de choses informatiques, on y retrouve aussi pas mal de contenu autour de la radio, et autour de la déficience visuelle.

Logique alors que je vous parle d’un type vraiment chouette que j’ai rencontré grâce aux internets. Manuel Faouen vit en France, c’est un professionnel de l’informatique. Il a monté une webradio associative, où il diffuse notamment un paquet de choses intéressantes, dont quelques podcasts sur le bricolage, destinés aux non voyants. Car oui, si Manuel est un sur-actif, il réalise tout ses projets en dépassant les contraintes liées à sa déficience visuelle.

Au fil du temps, on a ainsi pu échanger ensemble autour du bricolage informatique/électronique. Et puis récemment, je lui ai donné un petit coup de main pour illustrer le quatrième article d’une série qu’il rédige au sujet de la création d’une webradio.

schéma du montage son pour un webradio, incluant une console, un ordinateur et 4 micros

On retrouve donc les articles pour mettre en place une webradio :

Ne ratez pas cette série d’articles et tous les autres sujets abordés sur le site de Manuel Faouen.

Published 27 Jan 2019 in radio - jmtrivial

Le sonoscope, outil à décrire sa pratique créative

Avec Théo, en rentrant de Bruxelles, où nous étions aux 35 ans de Radio Panik avec les copains copines d’Utopie Sonore, on discutait du défi que l’on se lance souvent, et qui consiste à se lancer dans une création collective avec des personnes que l’on apprend à découvrir pendant ce processus créatif.

Ça nous arrive au sein du cri de la girafe, mais aussi à Radio Campus, aux Utopies Sonores, etc.

Chacun·e des participant·e·s vient avec des envies différentes, sur la forme, sur la manière de procéder, sur le type de propos que l’on veut porter. Parfois, ces envies sont proches de ses pratiques. Parfois, un·e participant·e a envie de sortir de sa zone de confort. C’est variable. Mais au moment de se lancer dans la création collective, ces envies sont rarement exprimées : on va parler de plein de choses, évoquer des idées de contenu, des intentions, des exemples de créations passées. Mais on n’abordera pas souvent la manière dont on va créer ensemble.

Alors, en attendant que les gilets jaunes laissent passer aux voitures leur barrage filtrant à la frontière franco-belge, on a commencé à imaginer un truc, le sonoscope. Ça se présente comme une série d’échelles, où on se positionne, décrivant ainsi notre pratique actuelle, ou celle que l’on appelle de nos vœux. Puis on peut ensuite partager cette représentation synthétique à ses copains et copines.

Par exemple, voilà à quoi ressemble mon processus créatif en son en 2018.

Bon, je ne sais pas encore comment l’outil va évoluer, si on pourra superposer deux sonoscopes pour constater leur similitude ou leur différence, si on va ajouter des échelles, si on va faire évoluer la forme, mais j’ai rapidement écrit un bout de code pour matérialiser cette idée griffonnée sur un carnet… 

Le sonoscope, vous en pensez quoi ? On a besoin de votre avis !

Published 17 Dec 2018 in radio - jmtrivial

Du bon usage d’un enregistreur

Les logiciels pour le montage, c’est bien, mais il faut commencer par enregistrer les choses avant d’en faire une pièce sonore. Cela fait presque trois ans que j’utilise un enregistreur Tascam DR-40. Au fil du temps, j’ai appris à m’en servir, j’ai ajusté certaines choses, et je profite du temps hivernal pour en faire une petite synthèse ici.

Format de fichier et pré-amplification

J’enregistre toujours en wav, avec une précision de 24 bits.

J’ai choisi d’éliminer le mp3, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’avec les grosses cartes mémoire que l’on a aujourd’hui, on dispose de nombreuses heures d’enregistrement, avec un format à moins d’un gigaoctet à l’heure. Inutile donc de choisir un format de compression avec perte. L’autre problème du mp3 sur les Tascam, c’est que l’utilisation du circuit de compression produit un bruit numérique dans les fichiers, ce qui les rend inutilisables.

Ensuite, j’ai choisi d’utiliser du 24 bits et non du 16 bits afin d’avoir une bonne précision quand le son est faible. Ainsi, je sollicite le moins possible le pré-ampli de l’enregistreur, généralement entre -18 et -8 dB, sans avoir de problème au moment de la normalisation.

D’autre part, j’enregistre avec un échantillonnage de 44.1 kHz si je fais du son pour la radio, et en 48 kHz si je fais du son pour l’image, car ce sont les standards pratiqués dans chacun de ces domaines, et que sinon, cela impose un rééchantillonnage qui peut être source de bruits parasites.

Si vous voulez en lire plus au sujet de la numérisation du son, je vous invite à lire l’article son et mathématiques que j’ai écrit il y a peu.

Micros externes et FetHead

Je prends toujours soin d’utiliser un micro qui corresponde à mes besoins :

  • Les micros internes du zoom quand je veux faire une prise d’ambiance, ou que je veux enregistrer rapidement une voix, tout en sachant que l’environnement sera aussi capté.
  • Un micro omnidirectionnel dynamique (comme un Sennheiser MD-21 ou un LEM DO 21 B, ces incontournables micros de reportage), quand je veux prendre une belle voix, et garder un peu de l’ambiance autour, par exemple en manifestation.
  • Un micro cardioïde dynamique (le fameux Shure SM58, ou un peu moins cher le AKG D5), de ces micros que l’on utilise sur scène pour la voix, quand il s’agit de prendre juste une voix, ou une source ponctuelle, et éviter de capter tous les sons de l’environnement.
  • Un micro cardioïde statique large membrane (j’utilise pour ma part le nouvellement arrivé Aston Origin), quand il s’agit de faire une prise de son très précise, dans un environnement maîtrisé comme une cabine d’enregistrement (j’utilise mon dressing pour cela).
  • Une paire ORTF statique (pour ne pas casser sa tirelire, on peut choisir par exemple un superlux S502) pour une prise stéréo avec une belle précision, comme un paysage sonore par exemple.

Si j’utilise un micro externe, je ne manque pas d’utiliser des pré-ampli FetHead, qui (on ne le répète jamais assez) permettent d’obtenir un son d’une qualité quasi irréprochable, même avec un petit enregistreur comme le DR-40. Si vous n’êtes pas convaincus, lisez l’article que j’avais écrit à ce sujet…

Bonnettes, filtres anti-pop et positionnement du micro

Il faut aussi bien sûr équiper ses micros des filtres nécessaires pour éviter les bruits parasites : le souffle du vent, les plosives d’un locuteur.

Pour le vent, on peut très facilement confectionner des bonnettes anti-vent avec du tissu à poil, du moment que le support soit fin.

Pour les plosives, il faut s’adapter à la situation. Les plosives, ce sont ces consonnes « p », « t », et les autres « f » qui produisent en sortie de bouche des petites poussées d’air très rapides. Si la bouche est exactement en face du micro, l’air va venir écraser la membrane du micro, et produire un son très saturé. La première précaution consiste donc à tourner le micro, de sorte qu’il pointe bien la bouche du locuteur, mais de façon à ce que l’air ne l’atteigne pas. On met donc le micro légèrement de côté. Attention cependant à ne pas viser depuis le haut ou depuis le bas, car le son de la voix change alors, devenant par exemple plus nasillard.

Bien sûr, cela ne suffit pas toujours, et il on en vient vite à utiliser une bonnette anti-pop faite en mousse pour l’extérieur, ou un filtre anti-pop pour le studio. Pour ma part, j’ai choisi un filtre anti-pop en métal, car il se lave facilement, est plus solide que la version en tissu, et fait très bien le job.

Amortissements

Si on utilise les micros internes, il faut s’assurer de ne pas manipuler l’enregistreur, faute de quoi le contact des mains sur le plastique produira des sons parasites (moins qu’avec le Zoom H4n, mais pas mal quand même). Une solution simple consiste à poser l’enregistreur, et à ne plus y toucher. J’utilise pour cela différentes solutions.

Tout d’abord, il y a le petit support en caoutchouc fourni par le fabricant, qui se loge dans la petite trappe des piles, et se fixe dans le pas de vis, afin de poser l’enregistreur horizontalement. J’ai mis du temps à découvrir où le ranger, heureusement que Théo était là pour me le dire.

Il y a ensuite la solution d’un trépied d’appareil photo, lesquels sont compatibles avec le pas de vis situé derrière l’enregistreur. Pour ma part, j’utilise un trépied qui peut aussi se fixer comme un serre-joint. Très pratique.

Et puis parfois, on aimerait faire tenir l’enregistreur verticalement. Malheureusement, dans sa version sortie d’usine, impossible de réussir cette prouesse, car les prises XLR sont équipées d’une petite languette de métal qui casse la stabilité. Mais on peut facilement résoudre le problème à l’aide de deux butées autocollantes. J’ai trouvé les miennes dans un magasin de bricolage, elles doivent faire 3mm de haut, et stabilisent complètement l’appareil.

Kit main libre

Quand on utilise un micro extérieur, on a vite les main encombrées : enregistreur d’un côté, micro de l’autre. Mais puisque l’enregistreur ne sert pas de micro, on peut très bien le lâcher ! J’ai récemment trouvé une solution plutôt confortable : une petite boucle en métal, que l’on peut fixer sur le pas de vis au dos de l’enregistreur, et un mousqueton, afin de suspendre l’enregistreur, et ainsi se libérer une main. Une affaire qui roule !

Published 5 Nov 2018 in radio - jmtrivial

Diffuser une émission de radio via Facebook Live

À l’occasion de la projection en avant-première de Libre, le film qui raconte l’aventure de Cédric Herrou dans la vallée de la Roya, Alpha de l’émission Faratanin Fraternité a réalisé une interview du militant. Elle sera diffusée le 6 octobre sur l’antenne de Radio Campus Clermont-Ferrand.

Cédric a gentillement proposé de diffuser l’émission en direct sur sa page Facebook. J’ai donc cherché comment connecter le stream icecast de Radio Campus sur Facebook. Voici comment faire :

  • Préparer une image fixe, dans l’idéal d’une petite résolution (512x512 par exemple), afin d’économiser de la bande passante, dans la suite nommée image.jpg. On peut utiliser la ligne de commande convert grosse-image.jpg -resize 512x512 -quality 75% image.jpg pour réaliser une conversion en ligne de commande depuis une grosse image.
  • Identifier l’adresse du flux audio de votre radio, dans notre cas http://campus.abeille.com:8000/campus
  • Se rendre sur Facebook et créer un live, rendre éventuellement persistante la clé, afin de facilement reproduire la manipulation. Recopier l’adresse et la clé de diffusion (clediffusion ci-dessous) proposée par la plateforme
  • Sous GNU/Linux, utiliser ensuite la commande suivante :
​ffmpeg -r 30 -loop 1 -i image.jpg -i http://campus.abeille.com:8000/campus -c:a libfdk_aac -c:v h264 -b:v 768k -preset ultrafast -tune stillimage -pix_fmt yuvj444p -g 60 -profile:v high444 -level 4.2 -f flv "rtmp://live-api-s.facebook.com:80/rtmp/clediffusion"

On peut éventuellement remplacer libfdk_aac par aac si le codec n’est pas disponible.

Cette commande est inspirée d’une discussion sur stackoverflow. Elle encode la vidéo avec l’envoi d’une seule image par seconde, et une compression audio correspondant à ce qui est diffusé sur la plateforme.

Dans mes expérimentations, j’ai dû baisser de manière importante la résolution de l’image afin d’éviter des sacades qui apparaissaient toutes les deux à trois secondes.

Published 24 Sep 2018 in radio - jmtrivial

Vivre une création sonore collective

À l’occasion d’Utopie Sonore 2018, Guisane proposait d’animer un atelier de création collective, autour du thème du grand effondrement.

Lors de la première séance de travail, nous étions bien quarante à être réunis, motivés par la proposition initiale du projet :

“Le Grand Effondrement désigne des prédictions de déclin imminent du monde industriel contemporain. Ces conceptions décrivent un risque systémique de catastrophes planétaires provoqué directement par son mode de fonctionnement. Ces théories de l’effondrement ne relèvent pas de la preuve scientifique directe, mais s’appuient sur des indices mesurables et des études documentées” (Wikipedia). Dans cette logique, et dans la version la plus imminente de cette catastrophe annoncée, il y a une certaine excitation à voir enfin l’écroulement du capitalisme mais aussi la peur d’une précipitation fasciste et la fin totale qu’elle signifierait. Bref, ça chauffe. Cette théorie est un point de départ, chacun peut s’en libérer, la retourner, la malaxer et se l’approprier comme il l’entend. Le thème et la construction de sa matière sonore seront prétexte à des enregistrements expérimentaux.

Après quatre séances de travail collectif, complétés par des épisodes de travail plus individuels, nous avons réussi à construire une pièce sonore de 20 minutes, qui jusqu’à la restitution publique le samedi soir n’avait été écoutée en entier par personne… Le résultat est très beau, même s’il aborde une question difficile. Je vous laisse le découvrir ici :

Mais comment s’organiser, quand le sujet est passionnant, les participant·e·s nombreu·x·ses et bouillonnant·e·s d’idées, et le temps imparti très court…

Voici une première version d’un texte qui évoluera sans doute, et qui raconte comment s’est structuré l’atelier pour réaliser cette pièce sonore.

Déroulé de l’atelier de création sonore sur le grand effondrement

Published 12 Sep 2018 in radio - jmtrivial